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lunettes rouges blog 21 July 2009

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21 juillet 2008 We make money, not art

L’argent, c’est le sujet de l’exposition présentée par Elisabeth Lebovici et Caroline Bourgeois au Plateau jusqu’au 17 août. Non pas les élucubrations qu’on peut lire ici et là sur l’art contemporain comme ‘Super Business’, sa damnation et sa disparition prophétisée, mais une exposition sur l’argent comme sujet de l’art, comme objet d’art. Il y a bien sûr ici et là un peu de dénonciation vertueuse, mais pas trop. Il y a surtout de la provocation ironique et de la divinisation satirique du dieu argent. Manquent seulement des artistes auto-proclamés hommes d’argent, comme Wim Delvoye par exemple (mais c’était, justement, sans doute trop cher pour les moyens du Plateau).

C’est donc la dérision qui règne ici, depuis le baiser à 5 F d’Orlan jusqu’à Sophie Calle (’Unfinished’), qui, ne sachant que faire de sa matière brute (des centaines d’heures de films d’ATM) , cherchant vainement un sujet à y appliquer, demande aux passants “Combien gagnez-vous ?” ou “Parlez-moi d’argent !”. Cesare Pietroiusti et Paul Griffiths, dignes émules gainsbourgiens, violent allègrement la loi en avalant (et digérant consciencieusement) des billets de banque, opérant une transmutation contre-nature argent -> nourriture, et, mettant leur performance aux enchères, complétant ainsi la transformation en boucle (Eating Money -An Auction, Mai 2007).

Ironie provocatrice toujours, Santiago Sierra peuple les couloirs tortueux et sombres de l’hôtel de ville de Bucarest de mendiantes acharnées qui supplient la caméra subjective de leur faire l’aumône dans une litanie incessante et soporifique de seize minutes.

Si la vidéo de Fikret Atay évoque le vieil adage ‘danser devant le buffet’, celle de Tracy Emin est mystérieuse et envoûtante : une mariée s’enfuit dans la campagne, sa robe constellée de billets de banque turcs (ou cypriotes, peut-être), sans doute épinglés sur l’étoffe par les convives de la noce. Apeurée, éplorée, fuyarde, elle tente d’échapper à son destin sur la musique du film le Bon, la Brute et le Truand. Le titre hollywoodien apparaît enfin.

Malachi Farrell a conçu une machinerie (’Money Money’) où des liasses de billets de banque dansent un french cancan endiablé et balaient le sol couvert de farine. On peut s’interroger sans fin, mais c’est surtout très beau.

Et, aux toilettes, on se trouve face à une peinture murale de Juliet Aranda, pas très originale (¥€$ = YES), mais qui vous saisit soudain en cet endroit où, Freud aidant, vous aviez cru pourtant avoir échappé aux puissances d’argent.

Une exposition réjouissante (c’est rare), qui échappe assez bien aux stéréotypes bien pensants, mais qui aurait gagné à être encore plus large, plus complète. Il y a même, émouvant, un coup de chapeau à Philippe Thomas, genre de geste auquel je suis toujours très sensible. J’ai bien aimé aussi cette énigmatique mention en toutes petites lettres dans le catalogue : “The Centre of Attention a payé Le Plateau pour être inclus dans l’exposition L’Argent. Cette transaction constitue l’oeuvre et la seule contribution du Centre of Attention pour l’exposition.” Et en vitrine cette ancienne annonce peinte sur toile de Claude Rutault.